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Lorsque, un soir d’orage, un éclair entrebâilla à travers son vieux miroir un inexpliquable sillon temporel, non pas vers le futur, mais dans le passé, la situation aussi absurde qu’elle soit étant bien réelle, Alexander Junco tira profit de cette attirante expérience sans se douter de sa portée, car l'étrange situation allait le faire vite déchanter...

 

Premier volet de la série des enquêtes fantastiques d'Alexander Junco

Publié aux éditions

juin 2016

260 pages

 

 

Conception et réalisation des photos N.S

Ces trois personnages récurrents traversent la vie mouvementée de chaque protagoniste des sombres affaires auquels ils sont mêlés. Étant indissociables, ils poursuivent ensemble leurs périples.

Alexander Junco

 

Héros fougueux et audacieux qui bravera avec son improvisation tous les dangers de sa jeunesse. Son impétuosité le conduira dans des situations complexes. Ce blond aux yeux gris clair fera vibrer les jolies femmes, mais tombera dans leurs pièges diaboliques. Ses expéditions le conduiront à douter des situations irrationnelles auquel il sera confronté.

Philibert Morton

 

En utilisant le mystérieux miroir à son époque au XIXe siècle, il croisera Alexander et deviendra son compagnon de voyage. Avide de nouveautés, il sera comblé en découvrant les étonnantes inventions du futur qu'Alexander lui fera entrevoir. Cette complicité l'amènera à l'aider et à partager ses exploits en tempérant sa fougue.

Baronne Éléonore de Saint-Jeulie

 

Connaissant le secret du miroir de Philibert, tel un caméléon elle transformera son apparence avec élégance au fil des situations et des époques. Son flair de chatte de gouttière lui permettra de dérober tout ce qui brille. Alexander et Philibert seront ses jouets qui lui glisseront des mains en jouant au chat et à la souris sans qu'elle ne puisse les attraper.

Ainsi que d'illustres connus et inconnus qui se trouveront mêlés malgré eux aux péripéties de nos héros.

– Monsieur Junco, vous êtes la personne qu’il me faut ! [...] J’avoue toutefois être désappointée par votre pratique de travail, ceci dit, je vais quand même vous expliquer ma démarche. C’est une histoire peu banale concernant mon mari qui a disparu, j’aimerai que vous puissiez vous en occuper.
— Madame, je vais vous arrêter de suite, je ne suis pas ce genre de détective, je ne peux donc pas m’engager dans des recherches de filatures.
— Je comprends bien, mais laissez-moi terminer jeune homme, vous changerez d’avis lorsque je vous aurai conté mon récit ! J’ai découvert dans le bureau de mon mari, de bien curieuses pages d’un recueil. En voici une où j’ai souligné une partie de ses propos qui devraient vous surprendre, telle que je l’ai été.
Alexander parcourut les quelques lignes, stupéfait des écrits, il releva lentement la tête et il la vit sourire d’un air narquois.
— Alors monsieur Junco, cela ne vous intéresse-t-il pas ?
— Comment est-ce possible ?... lui répondit-il interloqué.

***

C'est donc au cours de cette affaire apparemment banale, qu'Alexander Junco vivra la plus époustouflante des expériences...
Le hasard lui fera croiser en 1885 un certain « Philibert ». Une complicité les entraînera au XVIIIe siècle à être les témoins d’un complot lors d’un bouleversement historique et à en subir les fâcheuses conséquences...
C’est au « Mercure galant », gargote des bas-fonds du vieux Paris que de curieuses rencontres les propulseront à la Cour de Versailles, au fastueux Bal paré de la Reine Marie-Antoinette et là, de véritables ennuis s’abattront sur leurs épaules...
Plongés au cœur d’une intrigue où dans ce microcosme, les « Brillants esprits » détiennent le pouvoir, tout ne sera néanmoins qu’apparences. À la merci des royalistes et des révolutionnaires, Alexander et Philibert perdront pied sans toutefois renoncer à leur liberté et poursuivront l'enquête jusqu’au dénouement.

***

Quelques points déterminants de l'histoire

Tout commença un jour d'orage lorsqu'un éclair ouvrit un inexplicable sillon temporel à travers le vieux miroir d'Alexander Junco pouvant ainsi remonter le temps. Cette opportunité de glisser hors du temps présent le plongera vers d'étranges aventures.

 

À la recherche des origines du miroir, Alexander découvrira un étonnant carnet d'un voyageur du XIXe siècle. En dénichant en brocante un exemplaire du Monde Illustré de 1885 relatant la construction de la statue de la Liberté. Cet élément sera le déclencheur de la rencontre avec ce mystérieux voyageur, nommé « Philibert ».

 
 

Afin de parfaire son apparence suivant les situations, Alexander se prêtera à ce jeu de rôles en empruntant à Philibert la tenue adéquate de l'époque.

 

Poursuivant son enquête en 1885 avec Philibert, il se pliera à la façon de vivre de ce temps révolu qui le déconcertera sur bien des points.

 

 

 

Mais tapie dans l'ombre, se meut la beauté d'une femme perfide et redoutable, la baronne Éléonore de Saint-Jeulie.
Ayant également, découvert les fonctions du miroir, elle poursuivra Alexander comme son ombre.
Transformant son apparence avec élégance au fil des situations pour mieux le duper, elle saura néanmoins être son alliée dans certaines circonstances.

Fasciné, Alexander succombra et prendra la fuite...

 

 

 

 


Rattrapé par l'intrigue, Alexander lui portera secours, mais sa bravoure le fera vite déchanter...

 

 

***

 

C'est au « Mercure galant » gargote des bas-fonds du vieux Paris du XVIIIe siècle et de ses rues poisseuses, qu'Alexander poursuivra son enquête.

 

Lors de curieuses rencontres, il sera confronté à une enchanteresse prisée de certaines personnes de haut rang. Alexander aura du mal à admettre l'irrationnel de ses pouvoirs quelques peu sulfureux.

Toutefois, ces rencontres le conduiront à la Cour à Versailles pour assister aux derniers fastes de la reine Marie-Antoinette.

 

Dans ce microcosme, la mise d'Alexander sera de circonstance pour ce grandiose événement. Auprès des « Brillants esprits » il sera courtisé par de jolies femmes pour qu'il s'oblige à croire en leurs faux-semblants...

 

Dans ce monde d'apparences où le mensonge se confond à la vérité, il sera à son insu témoin d'un complot.

 

Confronté à cette intrigue, sa seule échappatoire le conduira une fois de plus vers une fuite éperdue.

 

C'est là, que de véritables ennuis s'abattront sur ses épaules en se retrouvant à la merci des royalistes et des révolutionnaires...

 

Si l'envie de découvrir les étranges expéditions d'Alexander Junco vous interpellent, n'hésitez pas à vous plonger au coeur de l'intrigue. Ces 260 pages d'aventures aux rebondissements où l'humour et l'émotion se confondent dans la dérision d'un langage décalé des époques.

Décembre 2016

Séance de dédicace au centre Cultura Barentin Alexander y était également

 

Disponible partout en France sur commande en version papier ou format numérique.

 
 
 
 
 
 
 

Chez les libraires de votre région.

PREMIER EXTRAIT

Parvenu devant la façade peu reluisante de « L’oiseau bleu », il s’inquiéta aussitôt.
— Waouh !... C’est franchement dégueu ! Quels genres d’individus sont-ils là-dedans ?
Tremblant de tout son corps, il poussa doucement la porte en bois pour se trouver dans une grande pièce enfumée éclairée aux lampes à pétrole. Dans ce clair-obscur se dressait un immense comptoir en bois sombre où des mines patibulaires s’y tenaient accoudées. Les tables ne désemplissaient pas de gens aux allures de mendiants mangeant goulûment et buvant sans soif. Les conversations bruyantes se prolongeaient sans discontinuer avec des femmes vulgaires et pas farouches montrant une poitrine aussi généreuse qu’elles. Ces gourgandines allaient de table en table en buvant avec satiété avec des hommes plus que mûrs.
Assis dans un coin, Alexander aperçut un petit homme sans âge complètement édenté riant éperdument d’un son rauque, dégageant une forte odeur de tabac lui piquant les narines. Le nom de l’enseigne ne ressemblait en aucun cas avec l’atmosphère ambiante. Alexander comprit ce qu’était une gargote au XIXe siècle. Tétanisé, se sentant mal à l’aise dans cette ambiance de bouge mal famé, il prit sur lui pour rester dans ce lieu immonde.
Le tenancier, un homme très gros chevelu et barbu aux manches retroussées le regarda arriver sans lui porter d’intérêt. Posés sur le bar, des pichets de vin, plutôt de vinasse exhalant une odeur âcre prenant à la gorge, le dégouttèrent tellement qu’il commanda de la bière. L’homme la lui servit dans une chope en verre à la transparence douteuse. Faisant mine de rien, il demanda timidement au patron debout derrière son comptoir, s’il avait vu un certain « Philibert ». Le dévisageant d’un air ahuri, il lui répondit par bribes qu’il ne le connaissait pas et qu’il n’aimait pas les questions des étrangers.
Bien qu’Alexander fût rembarré, son intuition le força à rester. Il se sentit espionné de toutes parts par son allure opposée des clients de cet infâme endroit. Inquiet, il examina tous les recoins de la pièce et but une longue gorgée de bière en évitant de regarder le verre.
Dans la pénombre entre deux hauts piliers en bois, des yeux n’arrêtaient pas de fixer Alexander, gêné, il détourna le regard. Sentant néanmoins son insistance, il se retourna et leurs regards se croisèrent un court instant. Sortant de l’ombre, l’homme se rapprocha de lui. Peu rassuré, le distinguant mal sous sa casquette et son col relevé, lui cachant une partie de son visage, Alexander ignorait ce que cet inconnu recherchait.
L’individu lui fit signe de le suivre à l’extérieur, bien qu’appréhendant un traquenard, Alexander sentit son envie de lui parler, il le suivit sans trop de méfiance. L’inconnu se réfugia sous un porche assez sombre. Arrivé à sa portée, Alexander se fit brusquement plaquer contre le mur, une lame sous sa gorge. Pris au piège, il regretta d’avoir fait confiance à son intuition. Aussitôt, l’homme vociféra agressivement dans un langage cru.
— Qui es-tu maraud ?
— Je ne suis pas un voleur et je n’ai pas d’argent ! lui répondit-il tremblant.
— Alors, pourquoi poses-tu des questions ?
— Non !... Il y a erreur, je cherche quelqu’un. Philibert Morton, le reporter...
Alexander étouffait sous l’emprise des bras costauds de l’inconnu. La lame commença à le piquer à la gorge, laissant couler une goutte de sang.
— Que lui veux-tu ?
— C’est à propos d’un miroir...
Intrigué, l’empoignant toujours, l’homme retira son couteau, se rapprocha et le regarda dans les yeux. À ce moment précis, sous la pâle lumière d’un réverbère à proximité, Alexander aperçut les traits de son visage de pleine face et pensa reconnaître la physionomie de Philibert. Soulagé, espérant toutefois qu’il se calme, il balbutia quelques mots.
— Je me nomme Alexander Junco. J’aimerais vous parler de votre miroir et de votre carnet de notes, je les ai récupérés chez moi.
— Comment ça chez toi ? Tu me les as volés, fripouille.
Continuant à le rudoyer, il lui asséna un coup de poing au ventre. Alexander se plia en deux avec un cri étouffé. L’individu le prit par le col et le serra fortement, surpris, il ne put réagir, suffoquant il marmonna en le suppliant d’arrêter.
— Lâchez-moi et discutons, c’est une longue histoire qui vous intéressera, j’en suis persuadé, ayez confiance en moi. Je sais que vous êtes celui que je recherche.
— Tu n’es qu’un aigrefin avec des boniments pour me duper, je vais t’asséner des coups avec ma badine et tu vas le regretter amèrement.
— Je n’ai pas compris.
— Tu as très bien compris arsouille ! Sache que j’ai aussi une lame bien aiguisée et je sais m’en servir promptement. Suis-moi, mais ne t’amuse pas à m’emberlificoter.

***

 

DEUXIÈME EXTRAIT

Ce bal paré auquel ils étaient conviés devait être donc le tout dernier donné par la Reine, car en cette année de 1789 les événements conduiront toute la famille Royale à quitter Versailles pour n’y plus revenir. Personne ne pouvait l’imaginer, seuls Philibert et Alexander connaissaient le déroulement du tragique destin de la monarchie.
Les tenues de Thibaut, le « Tailleur d’habit » étaient soigneusement emballées dans leurs jolies boîtes cartonnées et furent un émerveillement lorsque Constant, chaperonnant Alexander et Philibert pour leurs atours, ouvrit doucement les boîtes. Bien que Thibaut soit un peu trop extraverti, son talent d’artiste n’était plus à démontrer autant dans la coupe que dans la qualité des tissus. Il ne leur avait pas menti, ces toilettes somptueuses étaient dignes d’un souverain.
L’un et l’autre n’avaient jamais eu l’occasion de porter une mise d’une telle élégance. La soirée de la Reine l’imposait et le marquis dépensait sans compter pour « paraître ». Nos deux compères étant à ses côtés, il retrouvait sa jeunesse d’antan et se fichait du qu’on dira-t-on. Alexander l’approuvait sachant qu’il ne lui restait que très peu de temps à vivre et d’autant plus de cette manière ostentatoire.
Alexander enfila un justaucorps et sa culotte moulante de satin bleu pâle brodée d’or et boutonnée aux genoux sur des bas de soie, une longue veste en brocart et un jabot en dentelle fine. Constant arriva soudainement près de lui en s’écriant d’une manière fâcheuse. Sursautant, ignorant ce qu’il lui reprochait, Alexander resta muet le regard figé.
— Monsieur ! Cette panoplie virile dont vous faites usage ne doit point se voir de cette façon. Il serait plus sage de la dissimuler par une coque prévue à cet effet.
Alexander ne comprit pas sur le moment, mais lorsque Constant inclina ses yeux sur sa panoplie, il devint rouge de honte ne s’étant pas aperçu que le tissu moulant faisait voir justement ce qu’il ne fallait pas voir.
— Waouh !... Je n’irai nulle part comme ça, Constant faîtes quelque chose, élevant soudainement la voix.
— N’aboyez pas monsieur ! J’avais prévu cette éventualité de votre jeunesse. Tenez, mettez ceci et il n’y paraîtra qu’une courbe harmonieuse.
— Vous êtes très prévenant Constant, je n’ai pas l’habitude de tels ornements si intimes.
— Je le sais bien monsieur, laissez-vous guider par mon savoir-faire et vous serez présentable, je suis là pour vous aider...
Philibert ayant naturellement le même souci qu’Alexander s’empressa de lui demander sa coque et fit tout haut une réflexion qui suscita une interrogation dans l’esprit de Constant.
— Alex, cela me rappelle la chambre aux miroirs où nous nous sommes dénudés pour le marquis.
— Tais-toi ! Personne ne doit savoir que nous avons découvert le singulier secret de la chambre et encore moins son serviteur.
— La chambre de monsieur le marquis ne vous avait-elle pas plus ? lui murmura Constant.
— Si ! Elle était seulement très étonnante avec tous ces miroirs.
— Monsieur le marquis la nomme la chambre verte des plaisirs et la réserve à ses hôtes d’une grande estime.
— Nous n’en doutions absolument pas Constant.

La dernière étape se révéla être à nouveau un rasage de près avant le maquillage indispensable pour parfaire l’harmonie. La céruse, ce fard blanc crémeux appliqué sur leur visage, leur fut encore une fois très désagréable en leur donnant des boutons et des rougeurs. Tout le beau monde dissimulait leurs petites imperfections sous des mouches ou sous une épaisse couche de ce cosmétique. Le fort parfum cachait également les odeurs de ce plâtrage uni à la transpiration. L’avantage fut qu’il couvrait notamment les rides des ans comme un visage de cire inexpressif.
En s’examinant dans le miroir, Alexander n’était plus du tout lui-même, il représentait à présent un personnage de théâtre. Cette apparence le rassura un peu, faisant ces efforts non pas pour plaire comme voulaient les convenances, mais pour jouer un rôle de comédie. Puis, vint la pose de la perruque blanche nouée en catogan au ruban de soie assorti à son costume de lumière. Une fois la prothèse parfaitement placée, Constant l’examina d’un air prévenant.
— Monsieur, il ne vous reste plus qu’à mettre délicatement votre tricorne en n’écrasant pas les ailes de pigeon.
— J’ai des ailes de pigeon, où ça ?
— Ce sont les rouleaux de cheveux couvrant vos oreilles.
— Diable ! Me voici transformé en oiseau.
— Un oiseau délicat que vous êtes devenu ! Monsieur, admirez la gravure galante que le reflet du miroir vous restitue.
Alexander se consola en pensant qu’il serait loin d’être le seul vêtu de ces précieux atours ambigus, Philibert était devenu son clone, seule la couleur de la tenue le différenciait. Une fois totalement parés des pieds à la tête, le marquis les inspecta comme un général le fait pour ses troupes. Son avis fut à nouveau défavorable, n’ayant pas perdu ses facultés visuelles, il remarqua qu’il leur manquait encore un détail.
— Mes jolis coquets ! Il est impossible de vous présenter aux yeux du monde si vous n’avez pas l’essentiel.
En entendant ces mots, Alexander se mit à trembler au regard de ce manque qui contrariait sérieusement le marquis, il pensa tout bas : diable ! Que pouvons-nous avoir de plus pour sublimer notre apparence déjà chargée à outrance ?

***

 

TROISIÈME EXTRAIT

Sa décision fut prise et il informa Charlotte de sa visite auprès de Mme Desfeuillère. Il partit donc le soir même à pied en accélérant le pas vu qu’un orage menaçait. Parvenu devant la vieille maison rue de Richelieu, qui fut la dernière demeure de Molière comme elle le lui avait expliqué, il frappa avec le heurtoir en bronze. Au bout de quelques instants, une jeune femme vint lui ouvrir.
— Madame, voulez-vous informer Mme Desfeuillère que j’aimerais la visiter, je me nomme Alexander, elle se souviendra de moi.
Alexander souriait en employant le terme de visiter, Philibert lui avait expliqué cette expression singulière pour rencontrer une personne de qualité. Munie d’une petite lanterne portative, elle le pria de la suivre au premier étage. Sur le palier, elle ouvrit une première porte donnant dans un long couloir éclairé de bougies, cette chaude ambiance était agréable étant donné la pluie s’abattant à l’extérieur.
Un brouhaha feutré s’échappait de derrière des rideaux en velours épais, la servante ouvrit une seconde porte se trouvant au revers des tentures. Entrant doucement, il aperçut une petite pièce éclairée de nombreuses bougies créant une atmosphère sereine et intime, à son approche, il vit se diriger vers lui Mme Desfeuillère toujours élégante et si décolletée. Un grand sourire illumina son visage enfariné, certes, mais radieux encadré de sa chevelure brune bouffante, elle en poussa aussitôt un petit cri étouffé de joie.
— Bonsoir, bel inconnu du bal, les anges tiennent toujours leurs promesses. Vous êtes charmant sans votre tenue d’apparat, sachez que je vous préfère ainsi, car votre apparence révèle des attraits plus éloquents. Avez-vous quelqu’un dans votre vie ?
— Vos compliments me touchent, il est vrai que je me sens mieux sous cette apparence et je vous avoue être seul dans ma vie.
— C’est magnifique ! Tout comme moi, je n’ai personne dans l’heure !...
L’entrée en matière fut radicale, Alexander sachant qu’il ne devait pas se détourner de son objectif premier resta prudent devant l’empressement de sa disponibilité pour la bagatelle que pour une causerie philosophique.
— Je suis ravie de votre présence, nous n’avons que peu de jeunes gens, venez que je vous présente. Mon ami, voici madame de Brinvilliers, rassurez-vous, elle n’a rien à voir avec la marquise du même nom qui trempa dans l’affaire des Poisons sous Louis XIV, elle est tout à fait à l’opposé, car elle défend les Saintes Écritures. Si vous le souhaitez, elle sera ravie de vous les enseigner.
À tour de rôle, elle lui fit connaître quelques dames du monde de son petit comité avec leurs particularités obséquieuses et le fit s’asseoir dans un fauteuil recouvert de toile très fatiguée qui avait dû probablement servir souvent à autre chose que de poser délicatement son postérieur. Alexander, paumé dans toutes ces convenances, se sentit en grave infériorité et commença à regretter sa venue.
— Cendrille va nous apporter du chocolat chaud, nous partagerons ensemble cette succulente boisson que Mme de La Bourganière me fait livrer dans ses bonnes œuvres.
— Vous connaissez donc cette personne, pourriez-vous me la présenter un jour ?
— Bien entendu ! Votre question est amusante, car elle est justement assise à côté de vous.
Subitement, Alexander se mit à trembler comme une feuille devant son étonnante révélation, tournant la tête dans sa direction, elle lui fit un sourire gracieux. Cette jolie femme distinguée dans sa robe bouffante fleurie étranglée à la taille le fixa d’un regard circonspect. Son visage aux joues et aux lèvres rosées émanait une extrême gentillesse qui surprit Alexander, s’attendant à voir une femme stricte et disgracieuse.
— Ne rougissez pas mon jeune ami de joindre au raffinement de votre personne la nature de votre esprit. Quel est cet engouement à mon égard ?
Déstabilisé de sa repartie spontanée avec autant d’aplomb dont il ne comprit pas les tenants, Alexander resta rouge comme une pivoine cherchant au mieux une réponse pour sauver la face.
— Madame, si vous me permettez mon audace, j’ai juste entendu des flatteries sur votre personne au Bal de la Reine et j’avoue qu’elles sont restées dans ma mémoire. Le destin a voulu cette rencontre et c’est un plaisir non dissimulé que vous me faîtes en tout honneur.
— Ah ?... J’ignorais que l’on puisse dire autant de choses sur moi. Ne soyez pas aussi impressionné et retrouvez vos couleurs de berger !
Mme Desfeuillère ayant aperçu le mal-être d’Alexander répondit subtilement du tac au tac à Mme de La Bourganière en la flattant ironiquement.
— Anaïs ! C’est votre grandeur qui fait taquiner l’esprit de nos sujets !
L’ayant sauvé de cet embarras, elle aperçut dans le scintillement des yeux d’Alexander, son remerciement, elle baissa ses paupières en guise d’acquiescement et reprit la parole.
— Justement puisque nous parlions de destin, nous allons dans notre petite tablée jouer à la poupée divinatoire. Voulez-vous être des nôtres mon bel ami ?
— Jouer à la poupée ? C’est loin d’être mon jeu favori ! Ce n’est-il pas réservé aux jeunes filles ?
— Détrompez-vous, ce jeu concerne tout le monde !
— Ah ?... Dans quelle mesure ?
— Il est de bon ton de faire passer à tour de rôle cette poupée de salon, des cartes divinatoires ou des pensées philosophiques sont cachées sous ses atours. C’est très instructif croyez-moi ! Voulez-vous y participer ?
— Vu sous cet angle, je serai curieux de découvrir ce jeu singulier.
— Fort bien mon ami ! C’est très simple, vous tirez par-dessous sa robe une carte et vous l’exposez aux vues de l’assemblée. Mlle Anne-Louise vous révélera aussitôt sa signification. Commencez donc le premier mon bel ami.